JOURNAL DE CONFINEMENT

Durant la période de confinement du Printemps 2020, j’ai réalisé un petit journal de confinement afin de partager mon quotidien, mes questionnements et des doutes face à cette période très incertaine que nous traversons. En espérant que ces mots et ces images fassent écho en vous. Bonne lecture.

J01 :  Tempête sous deux crânes

La nuit a été très agitée. Les cerveaux sont montés dans les tours. On sent que l’on vit un moment dont on se souviendra toute notre existence sans pouvoir en mesurer son impact. Crise sanitaire ? Crise économique ? Quelles seront les conséquences sur mon activité ? Quelle est la valeur de mon travail face à celle des personnels soignants ou des employés de magasins alimentaires ? Difficile de ne pas penser à l’après demain. Impossible de rester dans l’instant présent. Où passer ces prochains jours ? Quitter la ville ? Y rester ?

J02 :  Les ombres chinoises

Avant même l’annonce du gouvernement, sentant la rumeur enfler d’un confinement prochain, nous avons cherché à nous retirer à la campagne afin de traverser cette période dans un cadre plus serein. Il a fallu se décider rapidement, trier les affaires, définir ce qui est essentiel et ce qui est superflu en nourriture, loisirs, sport, livres, vêtements, etc…
On ne prépare pas son kit du parfait petit confiné comme on prépare ses valises pour partir en vacances. La première nuit de retraite forcée à été nettement plus apaisée que la précédente. Au matin du j02, un couple d’oiseaux vient danser en ombres chinoises sur le rideau de notre chambre. Alors que la France est à l’arrêt, la Terre, elle, continue de tourner.

J03 :  L’étincelle

Nous nous sommes confinés avec un couple d’amis, parents depuis tout juste 3 semaines. Le jeune père continue d’aller travailler tous les jours pendant que nous accompagnons la maman dans son nouveau rôle.

Tout doucement, nous apprenons à comprendre cette petite étincelle de vie qui crie comme une lionne, dort comme une souche et fait preuve de l’indifférence la plus totale envers ces heures incertaines que nous traversons.

J05 :  Joyeux Coronanniversaire !

Aujourd’hui, j’ai fêté mon 1er coronanniversaire. C’est vraiment bien les coronanniversaires. Comme mes copains avec lesquels on est confinés ils ne pouvaient pas acheter tout ce qu’ils voulaient à cause que les magasins ils sont fermés sauf les supermarchés, j’ai eu :
. De la pâte à ballon qui sent le liquide que ma maman elle met sur ses ongles pour enlever son vernis et que si on inspire au lieu de souffler dans la paille , on a la tête qui tourne.
.Des œufs Kinder mais la plupart c’était des figurines alors que moi je préfère les jouets où on doit construire avec le mode d’emploi.
. Un super gâteau à la pomme.
. Des Pez goûts cerise (c’est les meilleurs) et orange (c’est moins bon mais quand y a plus que ça, je les mange quand même) avec un distributeur Bulbizar.
. Une bouteille de pinard.
C’était vraiment chouette mon coronanniversaire !

J06 :  Salutation au soleil

Après plusieurs jours à chercher nos marques dans cette maison, à prendre l’apéro tous les soirs et à manger de la raclette, on se dit que ça va nous coûter cher en jeans quand on sortira d’ici si on poursuit sur ce rythme-là si le confinement est prolongé.
Nous commencons enfin à retrouver un rythme et une hygiène de vie un peu plus proches de ceux que nous avions avant le confinement. De mon côté, ça commence par deux salutations au soleil au réveil histoire de remettre tout ça en ordre de marche pour la journée qui démarre.

J07 :  La Promenade

Avec l’effervescence de la 1ère semaine je n’avais pas encore pris le temps de sortir du jardin. La campagne est belle. Les champs sont en train d’être labourés et si l’audace du printemps est déjà visible dans des prés teintés de verts vifs, elle est tempérée par des lumières rosées des derniers couchers de soleil de l’hiver.
Bilan des traces de vie rencontrées : une douzaine de vaches, une tripotée d’oiseaux et une voiture.

J08 :  Restrictions

Face au manque de rigueur de nombre de ses concitoyens et sur les recommandations du conseil des scientifiques en charge de la pandémie, le gouvernement limite et précise un peu plus les libertés individuelles durant le confinement. Entre autres, la pratique du footing n’est autorisée que dans un rayon d’1km autour de chez soi.

J11 :  De l’invention du jokari

Je me suis toujours demandé ce qui avait pu pousser des Hommes à inventer des activités comme le bilboquet ou le jokari. Après avoir observé aujourd’hui une de mes voisines y jouer seule dans un pré devant un public de vaches ahuries, j’estime désormais comme hautement probable le fait que son inventeur venait d’apprendre la prolongation d’une période de confinement au moment où l’idée lui est venue.

J12 : Le trésor s’échappe !

Depuis le début du confinement, j’éprouve un sentiment de frustration lié à l’impression de n’avoir jamais eu autant de temps pour moi sans pour autant arriver à faire tout ce que j’ai en tête. Un peu comme si j’avais conscience d’avoir un trésor entre les mains et que je ne pouvais pas l’empêcher de s’écouler entre mes doigts.

J22 :  Découvrir son talent caché

Dans les premiers jours du confinement, je me suis dit que cette période où chacun aurait du temps pour lui verrait sans doute l’émergence de nouveaux Mozart, Picasso ou Steve Jobs. J’avoue ne pas avoir anticipé qu’elle verrait émerger des champions de micro-tennis de table. Un couple d’amis m’a prouvé que j’avais eu tort…

J28 :  L’effet Overview

Je dessine souvent avec de la musique ou un Podcast dans les oreilles. Mon podcast préféré s’appelle @baladeurs.podcast, propulsé par le média @lesothers . Ce sont des récits de voyages racontés par les voyageurs eux-mêmes. Autant vous le dire tout de suite : on est assez loin du voyage organisé en car par un club du 3ème âge sur la costa brava. Les ambiances sonores sont vraiment soignées et je trouve que c’est un beau moyen de s’aérer un peu l’esprit en ces temps de confinement. Mon épisode préféré raconte la mission de réparation du téléscope Hubble en 1999 par Jean François Clairvoy un des astronautes français. Il y parle de « l’overview effect » ou du « pale blue dot » que ressentent les personnes qui vont dans l’espace. Le sentiment que la terre est une toute petite boule qui flotte dans l’immensité de l’espace et qu’elle nous survivra des milliards d’années. Je trouve que ça permet de relativiser pas mal de choses sur l’importance d’une existence humaine ou des drames que l’on traverse et sur la pertinence de passer le peu de temps qui nous est offert à faire la guerre ou à nous évertuer à détruire le vivant sur terre.

J37 :  Le jour de la marmotte

Le temps se dilate depuis quelques jours… J’ai un peu le sentiment d’être coincé dans une boucle temporelle où chaque jour est identique au précédent, comme Bill Murray dans « un jour sans fin »…

J51 :  Je chevauche le tigre

Alors que le 11 mai approche à grand pas et que l’on voit le bout du (de ce) tunnel, notre président organise une visio-conférence lunaire avec des responsables du monde de la culture pour savoir quel sera l’impact de ce méchant virus sur l’exception culturelle française. Manches retroussées, il nous (les artistes, les intermittents, etc…) exhorte à chevaucher le tigre et invoque Robinson Crusoe en nous conseillant d’aller chercher du jambon et du fromage à la cale avant de partir explorer l’île…
Je ne sais hélas pas ce que nous réservent les prochains mois, mais je mesure combien la culture au sens large m’a permis de traverser cette période de manière plus douce. Avec de tels conseils, me voilà pleinement rassuré et serein pour la suite de l’aventure.

Atelier Lugus

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